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Nasha E. Daendels
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ashes in the sand

19.05.2017 // Le bleu qui formait un nuage coloré sur sa hanche a disparu depuis quelques jours, et elle le frotte toujours du bout des doigts quand elle y pense. Nasha n'est pas de ceux qui restent focalisés sur un évènement, une conversation, un point fixe jusqu'à s'en torturer l'esprit. Elle passe au-dessus de tout. Parce que c'est plus simple, parce que rien ne vaut la peine qu'on s'attarde, et puis, s'attarder reviendrait à rater ce qui se passe autour d'elle. Et elle ne le permettrait pas. Mais le bleu était là, se rappelait à elle chaque fois qu'elle baissait les yeux ou le pressait sans y faire attention. Et bien sûr, c'est facile de blâmer un stupide bleu, aussi joli soit-il, avec ses nuances de violet, de jaune sale et de bleu sombre. Mais le fait est qu'il a disparu, et qu'elle est encore là, à effleurer sa peau dépourvue de toute trace de sa chute, et elle y repense.
Les images se forment toutes seules sous ses yeux - elles le font depuis des jours, des mélanges compliqués de gris et de touches minuscules de bleus, des traits marqués, les scènes chargées et étouffantes. Le bout de ses doigts picotent. Il y a trop à dire, trop à peindre, trop à saisir. Trop de questions, aussi. Elle n'en a parlé à personne, et elle n'aurait pas su mettre de mots sur ce qu'elle a vu et ressenti. C'est trop compliqué. Trop de couleurs, trop d'images. Elle referme la main, laisse son poing reposer contre sa hanche.
Elle a besoin de peindre.

La Lune est pleine, dans le ciel, et autour d'elle, quelques étoiles brillent faiblement, suffisamment courageuses pour tenter de se faire remarquer. Nasha réprime un frisson, parce que les nuits de pleine Lune sont celles qu'elle aime le moins - la Lune éclipse les étoiles, donne un reflet faible aux constellations qui brillent sur sa peau. Les nuits de pleine Lune n'ont rien de comparable aux nuits noires, où elle se sent vraiment à sa place. Nasha passe les mains sur ses bras nus, mais ne s'arrête qu'une fois devant le bungalow Apollon. Elle n'a pas besoin de frapper, parce que Kaeso est là. Elle le repère immédiatement, parce que sa tunique est visible dans la nuit, contrairement aux t-shirts oranges de la colonie. Pendant un instant, elle envisage de faire demi-tour, de retourner dans son coin de plage, et de peindre sur ses bras jusquà ce qu'elle puisse dormir plus paisiblement. L'idée flotte une seconde dans son esprit, avant qu'elle ne se reprenne. C'est sur Kaeso qu'elle doit peindre. C'est évident.
Nasha s'annonce en s'approchant d'un pas léger, s'arrêtant à une distance un peu plus large que la normale. "Kaeso," murmure-t-elle, au cas où il ne l'aurait pas vue arriver. Au cas où il voudrait juste faire demi-tour et la laisser là, aussi. Elle se sent comme une intruse, à se montrer là. Comme elle s'est sentie, après avoir touché Kaeso, sur le mur d'escalade. D'un geste trop rapide pour être naturel, Nasha rajuste la bretelle de son sac, et l'observe une seconde. Il n'a probablement pas changé depuis la dernière fois qu'ils se sont parlés, mais elle en a l'impression. Anthracite et noir carbone. Quelque chose comme ça. Elle plie et déplie les doigts de sa main droite, et décide d'être claire. "J'ai besoin de peindre." Un instant de silence, puis elle ajoute, en inclinant la tête. "Sur toi. S'il te plaît." Et elle sait, elle imagine bien que c'est un risque, que c'est sûrement stupide, parce que s'ils se touchent encore, elle ne sait pas ce qui arrivera. Mais ce qu'elle a vu lui tourne dans la tête, et elle sent encore les brûlures et sa gorge qui se serre, et elle n'a pas d'autres options que de le peindre. Parce qu'aucune autre toile ne serait acceptable, pour ça. Une question de logique, d'évidence. "Je... Je ferais attention. Juste les pinceaux, rien d'autre." Elle ajoute, d'une voix douce, alors qu'elle lève les yeux sur la Lune. Les étoiles lui manquent, et les rares qui brillent n'ont pas la lueur rassurante des autres nuits. Elle repose les yeux sur Kaeso, et reste silencieuse, le regard presque suppliant.

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Kaeso C. Tarquinii
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2000 ans. J'aurais aimé pouvoir dire que j'espérais encore rentrer chez moi. J'aurais aimé que ce ne fut qu'une question de distance -quand bien même cela fut un long voyage, comme Ulysse jadis.
Mais je n'étais pas fou.
Vivre dans ce temps me procurait un étrange sentiment. Certes, la nostalgie et la mélancolie serraient mon cœur comme de vieilles amies. Toutefois, il y avait également une forme d'émerveillement et de fierté. Les Hommes avaient bâti tout ce que je voyais. Et comme d'autres l'avaient fait pour les miens, nous avions posé les fondations de ce monde.
Le seul problème était que je n'en avais posé aucune de mon temps. Et je n'appartenais pas à celui-ci. Chaque jour dans Sa lumière, me rappelait au fait que ma place ne se trouvait pas ici.

Dans un soupir, je pris un petit caillou. Assis devant le bungalow des Apollons, Morphée refusait de m'accorder le sommeil. Ou plutôt, je refusais à Morphée le privilège de me l'accorder. Chaque fois que je laissais la fatigue me gagner de nuit, les cauchemars me hantaient. C'était plus facile de jour, comme si mon père -où qu'il fut en ce temps- me berçait en veillant sur moi. Après avoir joué à faire glisser la pierre d'un doigt à l'autre dans ma main, je la laissais retomber à sa place.
Nouveau soupir.
Assis en tailleur, appuyé en arrière sur mes bras, mon regard se plongea dans la noirceur du ciel. Au moins, me dis-je, certaines choses ne changent pas. Entre la Terre et le Ciel, tout semblait différent. Les bâtiments. Les véhicules. Les lumières. Les gens. Mais, malgré cela, tout ce qui se trouvait en dessous ou au-dessus appartenait toujours aux Dieux. On trouverait toujours ces arbres feuillus, cette herbe verdoyante. On marchait toujours sur la terre et sur les pierres. La Soleil continuait d'irradier. Et la Lune, les nuages et les étoiles couvraient nos nuits dans l'azur ou dans l'ébène.
Du moins, je voulais y croire. Maintenant que mon attention s'attardait sur les étoiles, je les trouvais plus ternes. Comme si à force de frotter sur la toile céleste, le temps avait fini par réussir à les user.

— Kaeso.

Un horrible frisson me parcourut tout le corps.
Je ne dirais pas que Nasha me fit peur. Pas à proprement parler en tout cas. J'avais vaguement conscience que quelqu'un errait dans ma direction, sans plus m'en soucier. Mais j'aurais dû faire attention. Faire attention à qui errait.
D'un geste souple, je revins à une position normale : debout, faisant face à la jeune femme. Personne n'aurait pu le nier : elle était magnifique de nuit. Même les filles de Vénus -pardon Aphrodite- auraient dû s'incliner devant la nature envoûtante de son corps. De jour, Nasha avait déjà un bel aspect, mais les constellations brillantes tatouées sur ses bras nues commençaient déjà à me faire chanceler. Mon regard s'y plongeait comme si le vide aspirait mon corps. J'eus presque, pendant un instant, l'impression que tous mes problèmes étaient insignifiants face à l'univers.

— J'ai besoin de peindre.

La torpeur se dissipa. Je me rendis soudain compte de mon attitude. D'une main je tenais le fourreau de mon gladius, tandis que l'autre était posée sur le manche, prête à dégainer. Après un lourd effort pour me maîtriser, mes bras glissèrent dans une position plus... naturelle. Même si mon avant-bras plaquait toujours mon arme contre ma cuisse.

— Sur toi. S'il te plaît.

Respirant profondément pour calmer les douloureux battements de mon cœur, j'essayais de vider mon esprit. Me concentrer sur ses paroles n'était pas facile, bien au contraire.
Nasha allait trop vite. Elle était trop proche. Une boule se formait dans mon ventre, remontant et descendant au rythme de l'air dans mes poumons. Accélération.
Il m'était impossible d'être en sa présence sans repenser au passé. Tous mes sens se mettaient en alerte, hérissant les cheveux sur ma nuque. Danger, me disaient-ils.
Ses mots mirent un long moment à être traités. Je dirais bien « comme si elle parlait une langue étrangère », mais c'était déjà le cas. Voyez plutôt ça comme une langue étrangère venue de l'océan dans un rêve. Sa seule présence suffisait à me noyer.
Parmi tout ce qu'elle me dit, seules quelques bribes faisaient sens. Sans doute que, dans ce cas précis, la langue ne posait pas le plus grand problème.
Besoin, ça je connaissais. Nasha me sollicitait pour quelque chose. Par contre, je ne comprenais pas pourquoi. Cela avait quelque chose à voir avec moi, mais la façon dont je le comprenais était absurde. Sur moi ? J'avais l'impression d'assister à la scène derrière un voile trouble. Sur, ça impliquait un contact physique, non ? Pourtant, elle essayait de me rassurer ? Même si je restais méfiant, je classais cela sur une erreur de compréhension de ma part. Les mots « peindre » et « pinceaux » m'étaient étrangers à ce moment là, mais je ne tarderais pas à comprendre leurs sens.

— Je peux t'aider, articulais-je (au moins, cette phrase-ci, je la connaissais par cœur). Mais pas toucher.

D'un geste rapide du poignet, je nous désignais tour à tour, elle et moi, comme un pendule bien réglé. Puis je me tâtais les bras allégrement avant de secouer vivement la tête en signe de dénégation.

— Non.

Au moins, si mes mots ne lui parlaient pas, les gestes étaient on ne peut plus clair. Si elle avait besoin d'aide pour porter quelque chose, je ne pouvais pas l'abandonner seule au milieu de la nuit. Surtout qu'aucun autre pensionnaire ne volerait à son secours.
Je dois bien avouer que l'idée me faisait un peu plaisir. Même si sa présence me plongeait dans un inconfort total, elle avait besoin de moi. Finalement, les femmes ne changeaient pas non plus. Elles continuaient de dépendre des hommes.
Je baissais sans doute un peu trop ma garde. Une forme de détresse brillait dans ses yeux. Ou du moins je l'interprétais de cette façon. Parfois, on ne voit que ce que l'on veut voir. Dès cet instant où je croisais son regard, je sentis le piège se refermer sur moi. Mon corps me faisait comprendre de toutes les manières possibles que je ne devais pas m'approcher d'elle, pourtant mon esprit avait déjà cédé.

Sans que je n'aie aucun contrôle, mes jambes comblèrent la distance entre nous.
Je fixais mon regard dans le sien. Des émotions partagées me déchiraient. Plus tôt, je pensais que mon empreinte dans ce monde avait été effacée depuis des siècles. C'était faux.
Nasha était là, elle. Elle était la preuve vivante que j'existais, près de deux milles ans plus tôt. Sans doute ne comprenait-elle pas ce que nous avions vu ce jour-là, mais moi je savais. Les lieux de la vision m'étaient familiers. La brûlure et l'asphyxie aussi. Pour moi, ce moment datait de quelques semaines seulement.
À moins que les signes ne m'aient trompé, la petite fille de la vision -celle qui avait disparu dans l'arc-en-ciel à Pompéi- c'était celle qui nous reliait. Nasha et moi, un fil rouge long de plusieurs millénaires, mais j'en étais convaincu : elle devait être sa descendante. D'une façon ou d'une autre, une existence qui n'aurait pas dû être, mais que les Dieux avaient autorisé.
Une marque, aussi effacée que les étoiles, qui brillait juste pour moi, dans un mélange confus d'émotions. D la douleur. De la peur. Pourtant, j'y trouvais du soulagement, de la fierté. Le tout avec une pointe de nostalgie.

Je me rendis soudain compte que je la dévisageais intensément à une distance trop intime. Mes yeux piquèrent un peu, me forçant à détourner le regard. Je cachais, sous le voile d'un sourire gêné, l'éventuelle brillance que l'on avait pu y déceler.

— Pardon, dis-je en faisant un pas sur le côté pour mettre un peu de distance entre nous. Dis-moi ce que je dois faire.

Une veine tentative pour dissiper l'embarra qui me chauffait le visage. Heureusement que la nuit me couvrait de ses ailes obscures.
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Nasha E. Daendels
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ashes in the sand

19.05.2017 // Dire que Kaeso est sur la défensive serait un euphémisme. Ça la fait se sentir étouffée - d’être vue comme une menace, par pur instinct. C’est dans la tension de ses épaules, dans la rapidité naturelle de celui qui s’est emparé de son arme de nombreuses fois. Nasha, elle, se tient immobile. Elle a levé les mains de quelques centimètres, comme pour amorcer un geste se voulant porteur de paix, mais a changé d’avis à mi-chemin. A la place, elle se tient là, et n’ose pas réellement bouger, même quand Kaeso se reprend, rectifie sa posture. Elle a le sentiment de se trouver face à un animal sauvage - pas de mouvements brusques, ne surtout pas être menaçante. La sensation lui donne envie de faire demi-tour. C’était sûrement une erreur, de venir le trouver. Une erreur, de venir encore une fois troubler sa vie. Et égoïste aussi, finalement. De faire passer son envie - son besoin - de peindre avant le cauchemar dont elle avait pu avoir un aperçu. Ses mains finissent par se rejoindre machinalement, l’une serrant l’autre avec une pointe d’appréhension. Le silence s’étire, l’étouffe lentement. Dans sa sacoche, contre sa hanche, le poids habituellement rassurant de ses peintures et de ses pinceaux ne suffit pas à rendre l’atmosphère plus supportable, cette fois. L’envie de faire demi-tour se fait plus pressante. La nuit ne la fait jamais se sentir prisonnière, mais Nasha commence à comprendre ceux qui disent qu’elle les rend presque claustrophobe.

Elle esquisse un pas en arrière, minuscule, mais suffisant pour que Nasha se reprenne, juste un instant. Elle ouvre la bouche, pour dire qu’elle va repartir, que c’était stupide, qu’elle trouverait une autre solution, mais Kaeso parle enfin. « Je peux t’aider. Mais pas toucher. » Comme s’il n’est pas certain de se faire comprendre, il mime ses paroles, et elle hoche la tête légèrement, cherche ses mots. Ce n’est pas comme si elle aussi, voudrait à nouveau initier un contact avec Kaeso - les images sont encore vives dans son esprit, c’est d’ailleurs le problème. En redemander serait stupide. Et intrusif. Mais, il y a la curiosité, aussi. Parce qu’elle ne sait pas vraiment ce qu’elle a vu. Pourquoi c’est arrivé. Ce qu’il s’est vraiment passé dans la vision. Elle sait seulement qu’elle ne pouvait plus respirer et que les brûlures lui donnaient la sensation d’être dévorée, et elle ne tient pas particulièrement à ce que cela se reproduise.
« Non. Je ne te toucherais pas. » Elle s’arrête le temps de glisser la main dans sa sacoche, et d’en ressortir un de ses pinceaux. « Juste les pinceaux, juste ça. Promis. » Elle agite lentement le pinceau, sans pour autant le lui tendre - elle n’aime pas spécialement qu’on touche à ses pinceaux. Leurs regards s’accrochent, et elle n’ose plus vraiment bouger ou parler. Le temps s’étire, et une éternité s’écoule, jusqu’à ce que Kaeso s’approche. Nasha reste immobile, serre le pinceau au creux de sa main, résiste à l’envie de reculer ou d’agir comme avec n’importe qui, de s’emparer du bras de Kaeso pour l’entraîner jusqu’au coin de plage où elle aime peindre la nuit. Elle ne fait rien de tout cela, et reste là, le regard cherchant celui de Kaeso. Un indice, quelque chose qui lui dira ce qu’il pense, s’il va partir ou rester. A la place, elle y voit une multitude d’émotions qu’elle ne comprend pas, ne parvient pas à identifier. Nasha ferme les yeux, juste une seconde, parce que l’envie de peindre se fait beaucoup trop forte, et que Kaeso est beaucoup trop proche. Quand elle les rouvre, elle ne sent pas spécialement mieux. Au contraire - elle a envie de savoir. Elle ne supportera pas longtemps qu’ils restent là, sans bouger, elle qui ne reste jamais très longtemps statique. L’air est électrique - ou brûlant, elle ne sait pas trop. Elle imagine juste les couleurs aveuglantes de ce qui crépite dans l’air entre eux deux. A cet instant précis, la noirceur de la nuit est une aquarelle diluée, et ils sont en premier plan, lumineux mais explosifs. C’est à ça qu’ils ressemblent, en fait. Une explosion qu’on aurait mise sur pause. Une peinture en quatre dimensions, et pas de celles qui suggèrent les émotions, mais de celles qui les hurlent. Nasha en a presque le souffle coupé.

Et puis, Kaeso brise la peinture. Il se remet en mouvement, le monde se remet à tourner, la nuit reprend ses couleurs profondes et l’explosion disparaît. « Pardon. » Nasha ne sait pas quoi répondre, s’agrippe à son pinceau comme à une bouée de sauvetage. Elle se force à inspirer, expirer, pour que la tension s’échappe de ses épaules. « Dis moi ce que je dois faire. » Pendant une minute, elle ne sait plus ce qu’il doit faire - elle ne sait même pas ce qu’elle doit faire, alors... Puis, elle reprend ses esprits. Lentement. L’instinct lui fait tendre la main pour attraper celle de Kaeso - c’est naturel, c’est ce qu’elle fait toujours, avec tout le monde. Le retour à la réalité la fait s’arrêter à mi-chemin, et sa main retombe contre son corps. « Viens. » finit-elle par murmurer, et sa voix résonne dans la nuit. Et parce que c’est ce qu’elle fait toujours - la peinture est un échange, un marché, ils donnent un peu d’eux en servant de toile, elle donne un peu d’elle en partageant quelque chose - elle commence à parler, toujours en murmures pour ne pas troubler la nuit. « On va sur la plage. C’est là que je préfère peindre, » elle indique brièvement son pinceau. « Même si ce n’est jamais pratique avec le sable. » La tension est toujours là, mais Nasha tente de passer au-dessus. De rester naturelle. De ne surtout pas le faire fuir. Nasha se détourne, pour faire demi-tour et retourner vers la plage. Un pas, deux pas, et elle se retourne, parce qu’elle n’est pas certaine qu’il la suivra.


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Kaeso C. Tarquinii
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— Non. Je ne te toucherais pas.

Les mots résonnent avec soulagement à mes oreilles. Un petit poids qui pesait sur mes épaules sans que je ne m'en rende vraiment compte. La pression disparut. Ma posture ne s'en fit que plus naturelle.
Nasha me montra quelque chose dans sa main. Un objet, étiré, en bois. Je ne savais pas vraiment à quoi tout cela correspondait. Les objets modernes me dépassaient complètement pour la plupart. Encore, si elle m'avait montré une épée ou un arc, j'aurais compris. Mais ce petit truc ne me parlait guère.

— Juste les pinceaux, juste ça. Promis.

Apparemment, c'était ça qu'elle voulait utiliser. Des pinceaux. Tant qu'elle ne me touchait pas, tout me convenait parfaitement. Enfin, mon avis changerait peut-être mais pour l'instant, je me sentais un peu plus détendu.
Cette fille était vraiment quelque chose. J'avais l'impression qu'une cascade s'abattait sur moi, m'enfonçant dans des profondeurs ténébreuses avec une force incontrôlable. Elle aspirait tout l'air hors de mon corps, et je peinais à en récupérer un peu.
Et puis, c'était le silence. Un de ces silences glacés et apaisant, comme la mort qui accueille en vieille amie. Chaque seconde me détendait un peu plus, comme si un voile se posait sur mes doutes et qu'une main invisible me poussait dans ses bras.
Alors, tout naturellement, je lui demandais ce qu'elle attendait de moi. Une question logique et importante pour moi. Je ne lui aurais pas tout cédé, même si elle ne semblait pas vouloir entrer physiquement en contact.
La question me montre à quel point elle la situation lui est inconfortable. Du moins, je supposais qu'elle ne fût pas plus à l'aise que moi à cet instant. Ou peut-être s'était-elle perdu comme lui dans une abysse si profonde que sa conscience avait du mal à refaire surface.
Un geste m'électrifia tout le corps. Ce n'était pas grand-chose, juste un petit geste anodin. Un bras qui commençait à se tendre. Mais par ce ridicule mouvement, Nasha m'avait asséné une claque en pleine figure. Même si elle se ravisa rapidement, la méfiance qui m'avait quittée revenait me posséder comme une centaine de mains ensanglantées qui serraient mon corps.
Je fis un mouvement de recul, hésitant. Un peur panique me serrait la gorge.
Puis, la minute s'écoula. Je restais figé, méfiant et confus par ce manque de communication. Elle semblait avoir du mal à reprendre ses esprits. J'essayais de trouver quelque chose à dire pour troubler ce silence gênant, mais rien ne me venait. Si mon cœur battait à tout rompre après sa tentative avortée, mes pensées s'engluaient, pataugeant dans l'inconsistance la plus totale.

— On va sur la plage. C’est là que je préfère peindre

Nasha désigna le pinceau. Je regardais. Peindre ? Cet objet servait à ça ? Au moins, cela n'avait pas l'air d'être un mot pour combattre, tuer ou toucher. Mais cela ne ressemblait pas à un instrument de musique.
L'avantage, c'était que je comprenais où elle voulait aller. Plage, je connaissais. Et je savais aussi comment y aller. Dans ce monde rempli de choses étranges, les choses connues et simples me rassuraient étrangement. On trouvait dans la simplicité un souffle d'air frais où tous les nouveaux objets, les mots, les mœurs avaient un impact bien plus agressif.

— Même si ce n’est jamais pratique avec le sable.

Elle se retourne, je respire.
Une lourdeur dans ma poitrine me susurre que tout cela tient de la folie. Fais demi-tour, dit-elle, cela ne peut pas bien se terminer ! Pourtant, j'ai envie d'y aller. Au-delà du simple fait de me sentir de l'obligation de l'aider, quelque chose dans sa présence me donnait l'impression de participer à une plus vaste entreprise. Même si je rechignais à l'admettre, nous étions liés. Et pour moi, les liens se faisaient rares.
Je laissais mon regard se balader sur son dos, ondulant en même temps que sa démarche. Elle me coupait le souffle de danger.
Une telle énergie s'était accumulée dans mon corps pendant ce temps que je ne pouvais plus la contenir. Mes membres s'agitèrent assez violemment -mais toujours silencieusement- pour chasser toute l'impatience qui les gagnait. Ils devaient se débarrasser de tout : la tension, la peur, l'appréhension, l'immobilité. Toutes ces choses qui me gênaient et pour lesquelles...
Nasha se retourna vers moi. Je me figeais brusquement, calmant tout signe d'agitation. Comme un vulgaire gamin pris la main dans le sac. J'essayai brièvement de faire semblant d'avoir une chose utile à faire. Ajuster ma ceinture, serrer les lacets de mes caligae.
C'était trop tard, hein ? Elle m'avait vu ?
Je lâchais un peu de la tension qui me serrait. Un petit rire, et un sourire qui s'étiraient bien trop malgré ma volonté de rester impassible.
D'un geste vif, je me retournai vers le bungalow d'Apollon. En quelques petits sauts, j'attrapais le « pack » de « bouteille de coca light ». Un boisson qui n'avait rien à voir, ni avec du jus de fruits, ni avec du vin, ni avec de l'eau. J'aimais bien... je crois.
En quelques petits bonds innocents, je comblais la distance qui nous séparait avant de la dépasser. Je l'abandonnais pantoise derrière moi, essayant d'éviter son regard et sa présence. Mais je l'imaginais, fixant ma nuque et mon dos. Je sentais son poids qui m'écrasait lentement. À chaque fois que j'arrivais à m'alléger un peu, l'anxiété revenait. Comme la mer qui se retire pour mieux avaler les étendues de plages.

— Tu te dépêches ?!

Je forçais l'insouciance. Si je n'avais pas été, de base, hyperactif, on aurait pu dire aisément que je compensais physiquement mon trouble intérieur. Et au fond, la pression que cette jeune femme me mettait jouait pour beaucoup dans l'accentuation de mon syndrome d'hyperactivité.
Je portais une bouteille à mon bouche pour en boire une petite gorgée. La plage nous attendait !

Tout était calme et paisible. La mer était une étendue noire, on voyait le reflet de la lune se découper sur les vagues. Elles caressaient délicatement la plage, dans un petit bruit calme et répétitif. Un vent chargé d'iode me dégageait les poumons. Encore une chose qui ne changeait pas, même deux millénaires après.
Sous mes pieds, le sol se faisaient soudain plus mou. Un léger crissement remplaçait le son mat du chemin de terre. Il y avait, chez moi, un empressement et une excitation mitigée, mais je chassais les doutes avec une attitude volontaire et positive.
D'un geste expert, je retirais rapidement mes caligae. J'adorais la sensation du sable sous les pieds. De nuit, c'était agréablement frais, de jour, délicieusement brûlant.
Après quelques petits pas et un petit tour sur moi-même pour observer l'étendu sableuse. Je dégageais mon regard dans l'étendue nacrée sous le clair de lune pour me recentrer sur Nasha.

— Alors, comment ça se passe ?

Malgré la désinvolture, quelque chose me disait : c'est le moment, maintenant tu ne peux plus faire marche arrière. Il m'était impossible de l'ignorer plus longtemps.
Je lui devais désormais mon attention la plus totale, et cela me terrifiait.
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