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Ronan Byrne
+ messages : 116
+ face and credits : brandon flynn (c) honeybadger.

ronan byrne
ft. jb maunier
↘ carte d'identité
nom : il porte le nom de Byrne. C’est typiquement irlandais, une variante de O’Byrne, bien que ce soit en fait la forme anglicisée. En gaélique, son nom, c’est Ó Broin. Il parait que ça veut dire quelque chose comme « le descendant du corbeau » - assez classe en soi. + prénoms : sur papier, c’est Rónán Anmchadh. Le premier devient Ronan, tandis que le second est l’équivalent du prénom anglais Ambrose. Il n’utilise jamais le deuxième – en plus, il galère encore aujourd’hui à l’écrire, les lettres se ressemblent bien trop. + surnoms : il n’en a aucun. Il déteste ça. C’est Ronan ou rien du tout. Vous pouvez toujours tenter, mais il va soit vous ignorer soit s’énerver. Ce n’est pas compliqué, « Ronan », putain. + âge : il a fêté ses vingt-deux ans il y a quelques mois et n’atteindra les vingt-trois ans de vie qu’à la fin de l’année. + nationalité et origines : bien que né sur le territoire américain et donc de nationalité américaine, ses origines sont purement irlandaises. Il a d’ailleurs vécu son enfance dans un quartier particulièrement peuplé d’Irlandais ou en Irlande-même, alors son cœur va clairement à ce pays. Son accent reste encore fort aujourd’hui, même s’il est tout à fait capable de s’adapter. + date et lieu de naissance : C’est un 30 novembre 1994 qu’il est né, dans la ville d’Atlanta, dans l’état de Géorgie, dans le sud des États-Unis. + orientation sexuelle : s’il est purement bisexuel aujourd’hui, il y a longtemps eu uniquement des filles dans ses conquêtes. Les mecs, ça date de quelques années à peine. + statut civil : il a eu quelques relations, ci et là, plus ou moins longues, mais est aujourd’hui célibataire. Il ne se sent pas tellement fait pour la vie de couple, faut dire. Il a besoin de trop d’espace et ne sait jamais trop ce qu’il veut. + occupation : Depuis son arrivée là-bas, en décembre dernier, il est chargé de ravitaillement pour le troisième camp. Ça passe le temps, ça permet de sortir et ça lui donne l’impression de servir à quelque chose. Il aurait sûrement préféré devenir musicien, mais tant pis. + groupe : « freedom with no limits » ; il fait partie du troisième camp depuis peu, ayant élu domicile dans la maison un.

parent divin : son père est Dionysos, dieu grec de la vigne, du vin, de la folie, de la démesure, de la tragédie et du théâtre – entre autres. + pouvoirs : son premier pouvoir est le marionnettisme, qui consiste à contrôler les fonctions motrices des gens contre leur volonté, comme si elles étaient (surprise) des marionnettes. C’est un peu comme de la télékinésie, mais uniquement sur les mouvements des personnes. Il doit utiliser ses propres mains pour guider le mouvement, l’imitant dans les grandes lignes et le visualisant dans sa tête – du coup, ça demande un contact visuel, et il ne peut pas l’appliquer à un grand nombre de victimes (une ou deux étant l’idéal). Il contrôle beaucoup moins son second pouvoir, la manipulation de la folie, qui surgit un peu n’importe quand. La victime perd la raison, les pédales, la tête, devient paranoïaque, folle, hostile, délirante, euphorique, violente, ça dépend clairement de l’état d’esprit de base. Les effets sont supposés temporaires. + arme de prédilection : il possède une batte de baseball cloutée, ce sont des clous en bronze céleste qui sont enfoncés dans le haut de l’arme. Il ne l’utilise plus, et elle est d’ailleurs perdue sous son lit. + particularité : en un contact par le toucher, il peut jauger le niveau d’alcool dans le sang d’autrui, un peu comme dans un jeu vidéo. Ça ne lui sert pas à grand-chose, à part à savoir si certains supportent mieux que d’autre et, en fait, c’est assez cool quand même.

↘ caractère
Ronan, c’est une boule de nerfs. Il a beau projeter une apparence nonchalante, voire carrément je-m’en-foutiste, il est le premier à se lever, le premier à frapper, le premier à foncer tête baissée. Il ne réfléchit pas – à quoi ça sert ? – et se jette tête la première, peu importe les conséquences. C’est comme ça avec tout ; les gens, les bagarres, les mots. Il se complait dans la violence et le chaos, dans la froideur et puis aussi dans la tempête. Il frappe pour le plaisir, et se fait frapper pour la même raison.
Ronan, il ne fait pas vraiment dans l’ironie. En fait, il est carrément honnête. Le mensonge, les faux semblants, l’hypocrisie, ce n’est pas pour lui. Il dit les choses comme elles sont, quoique rarement avec des pincettes. Il veut être intègre et franc, et en fait même un point d’honneur.
C’est plus compliqué quand ça implique des sentiments, parce que Ronan, il ne sait pas y faire avec les gens. Il n’a pas les mots qu’il faut et se contentera sûrement d’une tape dans le dos. Ce n’est pas son truc, d’établir des connections avec les autres ou des conneries du genre, et encore moins avec des sentiments. Il vit pour lui, Ronan, aime la solitude, déteste parler juste pour parler. Ou déteste parler tout simplement, en fait. Y’a que quand il est au moins un peu alcoolisé que les langues se délient franchement. Ou quand quelque chose l’intéresse réellement.
Il est un peu toujours à cran, Ronan, prêt à… il ne sait pas trop. Il est juste prêt à bondir sur ses pieds, à se défendre ou à attaquer d’une façon comme d’une autre. Clairement, le monde entier est un terrain hostile. Il se fait impétueux, impatient, flamboyant, maître de lui, maître du monde un peu quand même, pour ne pas se faire écraser. (En réalité, il se considère comme un moins que rien, une petite brute de bas étage, un mec paumé. De toute façon, il est bien parti pour prouver à tous que c’est ça qu’il est, une petite merde.)
Il y a la musique qui le calme. Il aime les belles choses, sous sa façade je-m’en-foutiste. Il aime aussi se moquer des statues et des peintures, mais là n’est pas le sujet. Il aime la nuit parce que tout y est paisible, et lui aussi. Il aime le calme, une fois qu’il a fini de s’acharner sur quelqu’un ou sur quelque chose. Il aime la douceur, la chaleur, mais ça, ne l’avouera probablement pas. On n’peut pas paraître faible comme ça dans un monde pareil, parce que les gens faibles, ils se font bouffer.
Puis de toute façon, y’a trop de colère à la surface et à l’intérieur. Y’a trop de glace. Y’a trop de destruction. Y’a trop de sang. Y’a pas assez de sourires autres que narquois. Y’a clairement pas de rires, sauf quand il a bu, et qu’il trouve tout drôle. Il y a aussi la méfiance, envers tout le monde généralement. Il y a les petites piques qu’il envoie, parce que c’est clairement plus facile de balancer du silence ou une injure que quelque chose de gentil. Il ne sait pas trop qui il est, ce qu’il fait. Il est paumé. Alors il préfère quand il n’est pas trop lui. Il préfère se tenir occupé, par tous les moyens possibles. Il préfère s’attirer un million de problèmes et n’en résoudre aucun. Il détruit, détruit, ne répare rien.

↘ Depuis combien de temps sais-tu que tu es un sang-mêlé ?
C’est l’été de ses dix ans que sa mère a tout avoué – son adultère avec Dionysos, jadis un dieu, qu’il n’était donc pas le gamin de Mellan comme ses frères et sœurs – mais lui a fait garder le secret, parce que Ca déchirerait la famille, Ronan, tu comprends ? C’est lourd à porter, un tel secret, et ça l’est davantage pour un gosse qui a toujours mis un point d’honneur à être honnête… D’autant plus que Mellan, il l’a toujours considéré comme son père (son vrai père), et que la révélation de sa mère a tout remis en doute et a changé le regard qu’il lui portait (ce n’est toutefois pas pour autant qu’il considère réellement Dionysos comme son paternel, mais soit).
Ronan a rejoint la Colonie des Sang-mêlé un mois après cette révélation, à la rentrée scolaire, pour faire croire au reste de sa famille et de ses proches qu’il avait en fait intégré un établissement spécial pour jeunes en difficulté (probablement à cause de son hyperactivité et sa dyslexie, en fait des « effets secondaires » de sa condition de demi-dieu, diagnostiqués quelques années plus tôt). Il n’y a pas eu d’attaque de monstres, rien ; juste sa mère qui a fait le trajet avec lui jusqu’à Montauk, jusqu’au portail. Il a passé toutes ses années au camp grec, ne rentrant chez lui que pour les vacances scolaires, entretenant le secret que sa mère cultivait alors seule. Il ne sait pas franchement comment il a réussi à mentir pendant tant d’années… (Ca a fini par exploser, mais six ans plus tard et, là il s’est installé en tant que permanent à la Colonie.)
Ronan, il n’a pas été le pensionnaire idéal, c’est certain, mais pas non plus un fantôme. S’il pouvait se faire remarquer au moins un peu, c’était bien. S’il pouvait participer aux entraînements uniquement une fois sur deux, c’était bien aussi. Ça lui est arrivé de partir quelques jours, et de revenir comme une fleur, ou d’essayer d’introduire (avec plus ou moins de succès) alcool et clopes à l’intérieur (et de corrompre les plus faibles ? peut-être aussi). La Colonie, ça n’a jamais été entièrement sa maison, ça n’a jamais été entièrement sa famille ; c’était plus une obligation, un endroit où il pouvait dormir et être nourri pour peu qu’il fasse, de temps à autre, quelques corvées.
Quant à Dionysos… Il ne le considère pas vraiment comme son père. Son père, c’est Mellan. Et les demi-frères et demi-sœurs ? Non, décidément, ils ne sont, à ses yeux, que des colocataires à la rigueur. À part quelques rares (très rares), les gosses de Dionysos n’ont pas franchement leur place dans son cœur, eux comme n’importe qui d’autre d’ailleurs au sein du camp.

↘ As-tu pris part à la bataille de Manhattan ? Et celle contre Gaïa ? Si oui, à quel camp as-tu choisi d'être loyal ?
Il aurait aimé ne jamais avoir participé à l’une comme à l’autre… Et pourtant, il a bel et bien été sur les deux champs de bataille. Il soupçonne ces évènements en particulier d’avoir gâché sa vie mais on ne peut pas changer le passé alors… il fait avec, comme on dit (on n’a pas trop le choix). Il est encore en vie, après tout, contrairement à d’autres !
Dans les deux guerres, il s’est tenu du côté de la Colonie des Sang-mêlé, des demi-dieux, des Olympiens. Mais, en réalité, il a surtout suivi le mouvement plutôt que clamé de réelles convictions (il s’est toujours senti quelque peu… en dehors du conflit, s’en fichant souvent). Son absence à la bataille du Labyrinthe l’a poussé à participer à celle de Manhattan et, quant à celle contre Gaïa, il s’est simplement laissé traîner dedans sans trop se poser de questions. Il a sauté dans la gueule du loup. Une excuse à sa violence, et le brutal retour à la réalité.
Manhattan, c’est sa position dans le Holland Tunnel. C’est d’abord son excitation, presque sa joie, c’est un peu comme l’alcool. C’est le manche de sa batte qui tourne dans sa main avant de réduire un monstre en poussière, c’est pour le fun. Puis ça change, la bataille de Manhattan, très vite. C’est sa peur de ne pas revoir la lumière du jour, de mourir étouffé, ou noyé par les eaux du fleuve au-dessus d’eux. C’est de petites explosions derrière lui, c’est la poussière, c’est les yeux qui piquent. C’est lui contre l’autre, y’a plus rien de visible dans ce putain de tunnel. C’est sa confiance en son pouvoir, celui de se servir des gens comme de marionnettes. C’est le froid de la lame, puis la chaleur du sang. C’est la douleur, lancinante, puis c’est la mort, presque paisible. Mais c’est surtout le rouge, le rouge, le rouge, et puis d’un coup le noir.
Gaïa, ça prouve qu’on n’apprend pas. Manhattan l’a rendu si vide qu’il s’est probablement dit que Gaïa allait enfin lui faire revivre quelque chose. C’est la même joie de pouvoir user de la violence, avec un peu plus de retenue néanmoins. C’est encore la panique qui revient, sans crier garde, alors qu’il y a du sang en face de lui, parce qu’il ne sait plus pourquoi il est là, pourquoi ils se battent ou pourquoi ils meurent par centaines. C’est la peur qui se fraye un chemin dans ses veines et qui le paralyse. C’est un compagnon demi-dieu qui le prend par les épaules. C’est la trahison de son autre pouvoir, qui se retourne contre lui. C’est les mains du demi-dieu sur son coup, puis ses propres mains qui le repoussent. C’est une fraction de seconde qui change tout, c’est son corps qui réagit trop vite, et puis c’est les clous de la batte qui font leur boulot. C’est la mort, mais pas la sienne, jamais la sienne. C’est un accident, un accident, un accident putain.
C’est le sang. C’est toujours le sang, ces choses-là. Y’a rien de beau dans les guerres.

↘ Et maintenant, que deviens-tu ?
Il ne devient pas grand-chose, Ronan. Il erre. Il comble le vide par tous les moyens possibles – les vices déjà présents avant se sont juste renforcés. La violence est cathartique, la cigarette calme, l’alcool fait oublier et le sexe est un moyen soit de faire passer la violence soit de trouver un peu de réconfort voire douceur. Il aime bien se balader seul, avec une clope ou une flasque d’alcool. Il aime aussi se poser derrière son piano, jouer quelques morceaux. Il savoure la solitude, et il la hait tout autant. Les gens lui rappellent comme lui font oublier. Il ne sait pas où se situer. Il a quitté la Colonie peu après la bataille contre Gaïa, est resté seul pendant une période et a finalement intégré le troisième camp pour sortir de la routine et se donner un sens. En un mot : paumé. Voilà ce qu’il est.
La cicatrice – la seule qui ne s’est pas atténuée avec le temps, ou très peu – lui rappelle Manhattan, tout comme la douleur bien que brève qui le remue de l’intérieur dans certains mouvements, ou dans certaines pensées. Ça le bouffe de l’intérieur, parfois. La majorité du temps, il préfère ne pas y faire attention, ne même pas la regarder, afin de ne réveiller aucun souvenir. Il y a déjà quelqu’un qui lui a fait remarquer que ça ressemble un peu à une sorte d’étoile dans son dos et sur son torse – ça ne s’est pas très bien fini.
Il n’a plus touché à sa batte de baseball depuis Gaïa, du moins pour se battre, puisqu’il l’emporte tout de même avec lui. Elle traîne sous son lit au troisième camp, aujourd’hui, avec des clous neufs.
Et il y a la panique. Celle qui l’empêche de respirer parfois, qui le force à s’arrêter ou qui, au contraire, le force à fuir, à s’échapper brusquement. Les crises d’angoisse survenaient certes bien plus souvent avant ; elles se font plus rares désormais, mais sont toujours là. Elles surgissent sans crier garde, et ça lui rappelle ; ou, au contraire, ce sont les souvenirs, les sens qui font monter l’anxiété à son summum. Les souvenirs, putain. Ça lui arrive parfois de serrer le haut de son tee-shirt quand il peine à respirer. Ça lui arrive de vouloir quitter une situation qui rassemble des signes qui ne semblent évoquer quelque chose qu’à lui.
Mais l’horreur, l’horreur c’est le sang, et c’est le vide aussi. Toujours ce putain de vide. Comme s’il manquait quelque chose. Tout le temps, partout. Un poing dans la gueule, ça le fait vivre. La lutte, ça le tient en vie.
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âge : vingt ans. + présence : en fin de semaine principalement. + personnage inventé ou scénario/pv : inventé. + un dernier mot ? lalala.
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Ronan Byrne
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25 décembre 2010; Edgewood, Atlanta, Géorgie (USA) - Il hait les repas de famille. C’est con, parce qu’il est toujours heureux de retourner à Atlanta, chez sa famille mortelle comme diraient ses compatriotes, pour les vacances (ici celles de Noël). C’est que la Colonie des Sang-mêlé, c’est bien un temps, mais Atlanta, c’est tout de même mieux (le quartier un peu pourri où vit sa famille, un peu moins). En plus, il n’y a pas le reste de sa famille – ses oncles, ses tantes, ses cousins, ses grands-parents, bon sang, trop de Byrne dans ce pays, sans compter ceux qui vivent en Irlande, terre natale et tout le tintouin – donc ça devrait aller… Mais les repas de famille, c’est prétendre. Il hait prétendre. En plus il n’est pas très doué pour les mensonges – il n’y met jamais de conviction, si bien qu’on peut déceler directement lorsqu’il ment si on ne se fie pas à son air naturellement blasé (ou énervé) (ou nerveux) (ou peu importe). Prétendre, ce n’est pas dans ses cordes. Pire, si ça n’en tenait qu’à lui, il serait honnête vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; pas de mensonges, pas de faux semblants, pas de secrets, juste la vérité, qu’elle soit douce à entendre ou pas. Putain, il déteste sa mère pour ça, et ne cesse d’ailleurs de lui jeter des coups d’œil, auxquels elle répond par un même coup d’œil, quoique plus noir encore.
« J’vais arrêter l’école. », qu’il répond lorsque le sujet (toujours parmi les mêmes) revient sur la table. Il accompagne sa phrase d’un bref haussement d’épaules, comme si ce n’était pas grave. Oh, à ses yeux, ça n’est pas grave, en effet, puisqu’il avait en fait arrêté de suivre des cours au moment même où il avait débarqué à la Colonie des Sang-mêlé, il y a quelques années déjà. Sa mère voulait juste qu’il dise être dans un établissement privé, un internat pour jeunes en difficultés (parce que dévoiler qu’il était le fils d’un dieu, donc un demi-dieu, mettrait clairement en péril la cohésion de son mariage et de la famille, ce qui n’était pas concevable). « Mais t’as seize ans… », Mellan commence. C’est son père. Enfin, il a plutôt du mal à le considérer ainsi depuis qu’il connait son véritable géniteur – Dionysos, donc. « Parait qu’en Géorgie, on peut arrêter à seize ans. » « Mais ton école, elle n’est pas à New-York ? » On peut sentir dans la voix de Mellan qu’il a encore du mal à comprendre pourquoi sa femme a voulu envoyer leur fils dans un internat dans un autre état, et pas en Géorgie voire même carrément dans la ville d’Atlanta. Mais soit. Il n’a guère eu son mot à dire dans l’histoire, et Ronan semblait plutôt heureux de partir pour Long Island. « Si, mais j’suis d’ici, donc… » « Et tu vas faire quoi ? » Mellan le coupe. Faire quoi ? Ronan hausse un sourcil. Il n’y a pas franchement pensé. Ce n’est pas l’genre de trucs auquel il pense, il faut dire. Il avait bien une petite idée, à une époque, mais Mellan et sa mère ont un peu brisé ses rêves à coups de Mais être pianiste ça ne rapporte rien ! ou de Quoi ? Tu veux faire de la scène ? Et ton avenir ? Alors du coup, il n’avait jamais eu de plan B. « Bah j’sais pas. » Il y met toute l’assurance du monde, histoire de ne pas avoir trop l’air désinvolte. « T’auras aucun diplôme, et avec la dyslexie, et l’hyperactivité, et… » Son « père » tend le bras et fait un geste de la main pour désigner Ronan, qui baisse la tête pour voir s’il a une tache sur son tee-shirt, avant de comprendre. « Et quoi ? Moi ? » Qu’on mette en cause la dyslexie et le trouble de l’attention avec hyperactivité, d’accord, il y est habitué, même si ça reste petit de dire ça, mais qu’on le désigne lui, en entier ? « J’vois pas ce qui va pas. J’ai une belle gueule, j’vais m’en tirer, t’inquiète pas pour moi. » « Ca marche que pour les meufs, ça, Ronan… T’es une meuf ? » Son frère ricane de sa propre blague. Ronan réplique un simple « Ta gueule, Owen. » parce qu’il n’a pas le temps pour ça. « Pas quand tu fais cette tête là… » Cette fois, c’est Kiera, sa grande sœur, qui s’en mêle. « C’est une conspiration ? » Ronan plisse les yeux, regarde tour à tour ses deux aînés. Owen est fier de lui – comme d’habitude. Kiera a lancé ça comme si elle ne faisait absolument pas partie de la conversation, entre deux bouchées de poulet. « Et toi, tu ne dis rien ? » Les gamins Byrne se taisent un moment. Le père est à nouveau dans son combat contre ce qui semble être une grave erreur (peut-être, peut-être pas, d’toute façon l’école, ça n’avait jamais trop intéressé Ronan), et a les yeux dardés sur sa femme. Cette dernière hausse les épaules. « Tu veux que je dise quoi ? » Ronan a un léger sourire au coin, regardant son assiette. « Il n’y a que moi que ça dérange ? » Dommage qu’il n’était pas vraiment son père, parce que Mellan et lui ont la même tendance à crier au complot dès la première mésentente. Et Mellan est aussi agité que lui, à regarder chaque personne à table, tour à tour. Kiera choisit ce moment pour lui offrir un peu de soutien. « Non, non, moi aussi… » Bien sûr, Madame fait Harvard, c’est tout de suite d’un tout autre niveau ! Ça fait grincer des dents Ronan. Mellan semble content d’avoir quelqu’un de son côté. « Ouais, pareil en fait, j’sais pas. », ajoute également Owen. Ça le fait davantage grincer des dents Ronan, qu’Owen ajoute son grain de sel, alors qu’il sait très bien que c’est uniquement pour l’ennuyer, s’opposer à lui et chercher la bagarre. Ronan est à deux cent pour cent sûr qu’Owen ne le pense même pas, puisqu’il a lui-même arrêté les cours à dix-huit ans, l’année passée, pour bosser dans la boite de leur paternel (ah, les pistons !). Les trois cadets, respectivement âgés de treize, onze et neuf ans, sont plus occupés avec des blagues et jeux qui ne font rire qu’eux pour s’intéresser à cette conversation « d’adultes ». Leur mère observe, ne dit rien, s’autorise un rictus de temps à autre. Une vraie gamine.
« C’est pas à ça qu’il sert, ton établissement ? Vous pousser jusqu’au diplôme ? » Ronan se renfrogne sur sa chaise, se demande si c’est correct de répliquer qu’ils chassent plutôt des monstres et grimpent un mur d’escalade qui crache de la lave, mais croise le regard de sa mère et se contente de marmonner un « C’est pas aussi simple. » Il entend le vieux discours stéréotypé sur les gamins hyperactifs et dyslexiques et s’empresse d’ajouter, défiant. « D’aligner les lettres. » Parait que c’est un truc de demi-dieu, d’avoir le cerveau programmé pour lire parfaitement le grec mais pas les autres langues – en d’autres termes, ça a gâché son enfance, merci Papa. « C’est pas supposé se calmer après un certain âge ? Seize ans, c’est un bon âge non ? » Mellan se perd dans ses arguments à la con. Ronan brûle. Il y est habitué, pourtant, mais Mellan, putain, il le respecte quoi, alors ses commentaires, ils ont le même effet que des couteaux. « Tais-toi. » qu’il marmonne donc encore entre ses dents, avec un fort accent irlandais. Y’a le regard oppressant d’Owen sur lui. Et de leur mère. Les deux attendent l’explosion ; Owen afin d’avoir une excuse pour chercher (et trouver) la merde, leur mère pour enfin appliquer son rôle d’adulte responsable et calmer le jeu. Et Mellan qui recherche des preuves scientifiques au fait que les gamins dyslexiques et hyperactifs sont toujours en arrière scolairement parlant. Kiera qui tente d’ajouter qu’ils sont souvent plus intelligents. Ronan qui se contente de tapoter le bord de la table du bout des doigts ; y’a qu’à imaginer que c’est les touches d’un piano, et ça le calme un peu. Y’a pas de piano à la Colonie (quelle idée), alors il en profite quand il revient à Atlanta. Un cadeau de ses parents lorsqu’il était gosse, peu après le diagnostic jadis des deux troubles liés à sa condition de demi-dieu (c’est aussi merdique que les repas de famille comme celui-ci).
Mellan s’étend en idées, en excuses, en semblants de menaces, en n’importe quoi. Il veut d’abord le changer d’établissement (au cas où ça changerait quelque chose), avant de lui proposer une place dans son entreprise quand il aurait l’âge (ce à quoi Owen s’oppose avec véhémence), pour finalement revenir sur l’arrêt des études, dire que c’est la plus grosse erreur de sa vie, qu’il ne doit pas s’arrêter sur le fait qu’il lit beaucoup moins vite que les gens « normaux », qu’il n’a que seize ans, qu’il n’a pas toute sa tête, qu’il devrait réfléchir plus sérieusement à son futur, et conclure par l’ordre catégorique de continuer ses études. Ronan n’entend que l’intonation menaçante utilisée, et ça suffit. « T’es pas mon père, t’as pas l’droit de… » « Quoi ? Répète un peu ?! » Et merde. C’est vrai qu’il n’avait pas voulu dire ça… enfin, pas comme ça. Parce que Mellan, il l’a considéré comme son père (son vrai père, comprenez) jusqu’à ses dix ans, et il l’apprécie énormément, et le respecte aussi. C’était son père quoi. Celui qui a changé ses couches, qui l’a vu marcher pour la première fois, qui l’a écouté, rassuré, poussé en avant, peut-être pas de la meilleure des façons, mais qui l’a fait tout de même. Mais c’est dit. C’est fait. Le mal est fait. Ronan n’est pas du genre à faire marche arrière. Peut-être même qu’au final, il crevait d’envie d’avouer ça depuis six ans. « Oh, elle t’a pas dit ? Ça ne m’étonne pas, en fait ! » Il rive ses yeux bleus sur sa mère, qui a le regard tout aussi flamboyant que lui. « Rónán », elle siffle, la main crispée sur ses couverts. Mais la bête est de sortie. « J’suis pas ton fils ! » Soudainement, il a un grand rire, sans émotion, qui le fait répéter. « J’suis pas ton fils. » C’est magique ! C’est comme si un poids avait été enlevé de ses épaules, comme ça, d’un coup, grâce à quatre mots jetés dans le feu de l’action. Il ne s’est sûrement jamais senti aussi libéré. Il en sautillerait presque sur place.
Quatre mots qui ont provoqué un ouragan. Un tumulte s’empare de la table de repas des Byrne. Mellan est furieux. Sa femme, aussi. En fait, tout le monde l’est. Tout le monde s’accuse de tout. Ronan est accusé d’être revenu pour foutre la merde, et Owen saute sur l’occasion. « Bah ouais, pourquoi tu retournes pas dans ton établissement privé ? » Il a un sourire carnassier, a bien insisté sur ces deux derniers mots. « Ferme ta gueule. » Ronan grogne. Il n’a aucune patience pour Owen. Owen, il veut juste se battre. Lui aussi, remarque, mais pas comme ça. « Ouuuuh, sinon quoi ? Allez viens Ronan ! » De ses deux mains, son frère se désigne. Ronan, qui a zéro patience pour la provocation et toute l’envie du monde de frapper sur quelqu’un (surtout sur Owen, toujours sur Owen), se lève d’un bond et, dans la seconde qui suit, tout le monde autour de la table est debout. Ronan et Owen sont sûrement à deux doigts de passer par-dessus la table pour attaquer l’autre, mais se contentent de gestes insultants et de paroles blessantes pour l’instant. « Les garçons ! » grondent les parents. William, Tallula et Treasa, les cadets, sont debout parce que tout le monde l’est, rigolant encore à une blague ; Treasa est plus intimidée par ce qui se passe, mais se laisse aller au rire avec William et Tallula. Kiera retire délicatement le couteau de la main de sa mère avant qu’elle ne blesse quelqu’un et le repose sur la table, sous une serviette, hors d’atteinte. Ça parle rapidement de tromperie, d’amant, d’alcool, d’école, d’études, de futur, d’université, de Ronan, toujours de la tromperie, d’embrouille, de divorce (quoi ?), de J’vais te casser la gueule et de Bah j’attends j’suis juste en face de toi connard. Ronan se prend la table dans l’os en faisant une tentative pour atteindre Owen, grogne, mais ricane quand la même chose arrive à son grand frère.
« SILENCE. » Leur mère l’a hurlé avec son très fort accent irlandais (celui qui dit clairement qu’elle vit peut-être aux États-Unis depuis des années, mais qu’elle reste une native d’Irlande et est prête à le prouver à quiconque ose mettre ça en doute), ce qui a pour effet plutôt efficace de tous les faire taire. Tout le monde la regarde, du coup. « William, Tallula, Treasa, allez jouer. » Les gamins obéissent ; ils n’attendaient que ça. « Kiera, désolée pour ça. » Mais Kiera prend congé d’elle-même. Ça ne la regarde pas tout ça. Ronan aime penser qu’à part ses études, sa grande sœur n’est pas intéressée par grand-chose, et sûrement pas par ce qui se passe à la maison quand elle est dans le Massachusetts. « Owen, montes. On doit parler, jeune homme. » Mais Owen a dix-neuf ans et proteste à l’idée d’être puni dans sa chambre comme lorsqu’il était gamin. Un regard noir de son père, une dernière protestation, et il finit par décamper, mais dans le jardin. Ronan n’est pas certain de vouloir rester ici alors qu’il vient d’annoncer que sa mère a trompé Mellan il y a de cela dix-sept ans, et commence à s’esquiver. Sa mère l’attrape assez brutalement par le col de son tee-shirt pour qu’il en ait un sursaut de surprise, et le traîne hors de la salle à manger. Ça se voit sur son visage qu’elle veut l’insulter de tous les noms, mais se retient ; il y a eu assez de casse pour ce soir. Et pour toute la vie sûrement.

nothing ever ends poetically.
it ends and we turn it into poetry.
all that blood was never once beautiful; it was just red.

18 juillet 2015; Manhattan, New-York (USA) - C’est facile de taper sur les gens. Sur Owen (son demi-frère mortel), sur un mec dans un bar, sur un compatriote à la Colonie, sur n’importe qui pour tout dire. Tu serres le poing, et tu frappes. C’est aussi simple que ça. Des fois, tu réitères l’expérience, et tu frappes encore, jusqu’à ce que tu fatigues ou que tes propres phalanges saignent ou que tes os craquent, ou jusqu’à ce que ta cible réplique et te frappe à son tour, et que vous rouliez tous les deux au sol, au milieu de coups et d’insultes (s’il y en a), que vous vous preniez tour à tour les murs dans le dos, dans l’épaule, les mains agrippées au col de l’autre, que ce soit pour rire ou pour ne pas rire du tout. Y’a pas besoin de grand-chose pour frapper ; un peu de volonté, un peu d’alcool dans le sang, un peu de frustration, un peu de colère, un peu d’énergie, un peu de rien du tout suffit. C’est facile.
Le fils de Dionysos fait tournoyer sa batte de baseball dans sa main avant de frapper – pour le style, parce qu’en soi, il n’a jamais réellement joué au baseball de sa vie (il ne sait même pas d’où lui vient son arme… il l’a probablement trouvée au fond du bungalow des Hermès ou même le sien, à y réfléchir, et l’a tout bêtement adoptée). Le monstre ne résiste pas au bronze céleste des clous enfoncés dans le haut de l’arme et disparait rapidement en poussière, comme beaucoup d’autres autour d’eux. Ça n’arrête pas. Les monstres disparaissent, ça tombe de tous les côtés. C’est assez enivrant.
C’est pour ça qu’il frappe, Ronan. Ça enivre. Frapper, et plus particulièrement se faire frapper, ça le fait vivre. Il dépersonnalise une seconde, et ça fait du bien – il ne sait pas trop pourquoi, peut-être qu’il est juste masochiste, peut-être qu’il se sent juste vide, peut-être qu’il se sent justement trop plein. Même gamin, c’était comme ça. Il ne peut pas imaginer un passé sans les bagarres avec son grand frère, ou bien sans bagarres tout court. Ça l’éclate. Comme l’alcool, les soirées, les filles (les mecs, aussi, mais c’est tout nouveau). Et le piano. La musique. L’art. Pour ces trois derniers, ça ne se voit sûrement pas.
Il y a quelque chose de différent ici et maintenant. Ce n’est pas juste une bagarre. Ce n’est pas juste un entraînement, comme il y en a à la Colonie, quelques fois (il y participe une fois sur deux, s’il en a envie, et puis s’il est là aussi ; il décampe plutôt régulièrement, quoique jamais très longtemps). C’est un champ de bataille. Littéralement. L’île de Manhattan est un putain de champ de bataille. Chaque issue est condamnée (et protégée) – les tunnels, les rivières, même dans les airs ça se bastonne. Il était arrivé ici extrêmement nerveux, poussé par d’autres demi-dieux (il s’est dit que, puisqu’il avait été absent à la bataille du Labyrinthe, il y a de cela quelques années, il pouvait au moins se bouger le cul pour celle-ci, et ça lui donnerait une bonne raison de s’énerver un peu, et de se dire que Niahm l’aurait enfin vu autrement que le frère qui n’en a rien à foutre d’eux), et puis il s’était calmé petit à petit. Calmé, ou anesthésié. Enivré, serait le mot exact. On se laisse emporter par le mouvement. On attaque. On défend. On réplique. On meurt. La pensée ne lui a pas encore exactement effleuré l’esprit. Sur son front, personne ne semble être encore tombé, et il n’a aucune idée de ce qui se passe ailleurs. Il se demande où se trouvent les autres, ses potes, ses frères et sœurs – Nevh, Noah, Edelweiss, et Loki notamment – ou même les têtes qu’il n’imagine pas user de violence. Il s’imagine les filles d’Aphrodite, ou les gamins d’Apollon, toujours si parfaits, en tenues de combat, prêts à en découdre.
Une part de lui est nerveuse, sous toute cette exaltation, sous son sourire au coin des lèvres, sous ses insultes lancées à la rigolade à un monstre qu’il réduit en poussière. Le bruit du métal des épées résonne autour. Des monstres. Des souffles. Parfois des cris – de rage ou de douleur. Le ciel n’est pas visible. Pour être honnête, par instants, Ronan lève la tête et scrute le plafond, comme si ce dernier allait s’effondrer et que l’eau du fleuve Hudson allait tous les noyer. Clairement, il ne veut pas mourir noyé. Ni mourir tout court. Le tunnel le rend juste nerveux. Il aurait préféré se battre sur un des ponts, ou même dans les rues new-yorkaises… Au moins, là, il aurait vu le ciel, il aurait vu autre chose que des murs de béton gris et, bordel, il y aurait eu plus de luminosité. Du soleil, ou la lumière extérieure. Ici, y’a juste des lampes et du ciment. Et des courants d’air de temps à autre, qui transportent avec eux la poussière. Y’a aucune vue sur les sorties, que ce soit celle vers Manhattan ou le New Jersey. Il ne sait pas où il se situe dans le Holland Tunnel, mais ce n’est décidément pas à aux entrées.
Une sorte d’explosion un peu plus loin le force à se baisser légèrement et à surtout se protéger les yeux. Son voisin fait de même. Un membre de la Colonie, reconnaissable à l’emblème du camp sur son tee-shirt. Ronan ne lui prête guère plus d’attention, se contente de raffermir sa prise sur le manche de sa batte. Quelques partisans de Cronos (des demi-dieux contre les dieux) traversent le nuage de résidus. Ils ne sont pas nombreux. Ils vont se les faire. Ronan assène un premier coup, l’autre esquive. La batte est dans les airs quand une nouvelle déflagration retentit, plus proche. La batte vole de sa main, termine sa course contre la rambarde de sécurité. Ronan jure. Le partisan de Cronos lève son poignard. Ronan plisse un œil quand la lame effleure son épaule, puis lève brutalement la main. Le demi-dieu en face est obligé de lever la main ; c’est tel un miroir. Ronan desserre les doigts, le demi-dieu desserre les doigts, sa lame tombe au sol dans un bruit métallique. Ronan sourit, pour lui-même cette fois-ci. Il jette un regard derrière lui, au cas où, et puis pour voir si un compatriote pouvait venir le sortir de cette galère. On n’y voit pas grand-chose dans la poussière, ça en pique même les yeux. Il entend bien des bruits de lutte un peu plus loin, mais ça résonne contre la surface voûtée, ça tourne autour d’eux, ça disparait au large, englouti par le dôme.
Le fils de Dionysos sent sa main trembler sous l’effort. C’est que le partisan résiste – il peut le sentir, à tenter de bouger malgré son emprise – et que lui-même fatigue. Dans sa tête, tout retombe : il se rend compte de l’intensité du combat, des convictions qui s’y opposent, de la réalité. C’est une guerre putain, et elle dure depuis des années, et ça doit se finir aujourd’hui. Il n’y a jamais fait trop gaffe à tout ça Ronan, plus occupé à tenter d’introduire (avec succès) de l’alcool au camp, pour s’amuser. A emmerder son monde. A râler aux corvées. Cronos, une nouvelle menace ? D’accord, sans problèmes. Il fait son truc, sa vie, ses missions si nécessaire. Il n’était même pas là quand les monstres de Cronos ont tenté d’envahir la Colonie – il était sûrement à New-York, il ne s’en souvient plus (c’était y’a quatre ans, il se souvient juste avoir trouvé Noah particulièrement dans un piteux état, à cause de la mort de Niahm). Certes, il n’est pas un fantôme à la Colonie, très loin de là, puisqu’il y vit tout le temps et que se fondre complètement dans le décor lui semble un pauvre choix de vie, mais il n’est pas non plus le pensionnaire par excellence, comme Annabeth Chase ou Clarisse La Rue ou d’autres…
Un coup de poing lui fait relâcher son emprise. En plein dans le dos. Il en a le souffle coupé. Le demi-dieu ennemi semble satisfait de pouvoir répondre à nouveau de ses mouvements. Il déguerpit. Ronan sent le froid et, à peine deux secondes après, la chaleur. Ça commence lentement à picoter et à rapidement brûler. Sa main se porte à son torse ; c’est là qu’il voit le sang. Un peu, puis beaucoup – le rouge en perle presque de ses doigts. Il a envie de balancer un « Putain » mais le mot ne franchit pas ses lèvres ; c’est à peine s’il parvient à respirer. Ses veines brûlent, il voit flou, un mal de crâne s’accroche à lui, et il est au sol, la main resserrée sur ton t-shirt. Putain.
Une fois, il s’était fait tabasser. Vraiment tabasser. S’étant attaqué aux mauvais mecs, il n’avait pu que mériter ça. Il se souvenait distinctivement de la douleur des premiers coups ; les os qui craquent, le sang qui coule, son corps et son esprit qui s’enflamment. T’es au sol, tu fais rien, t’attends que ça passe, d’abord avec un sourire méprisant, puis avec les lèvres pincées sous la douleur. T’attends, t’attends, t’attends. A un moment donné, ton corps s’engourdit, la douleur se dissipe alors que les coups non. Tu ressens plus grand-chose, jusqu’à presque plus rien, et t’attends encore. Si t’es chanceux, tu perds connaissance. Quand t’es un demi-dieu, c’est un peu plus compliqué que ça ; ton seuil de tolérance est légèrement plus élevé que la moyenne. Puis, de toute façon, une fois que la douleur s’évanouit, la seule chose à faire est de patienter. Il avait patienté, savait plus trop ce qui s’était passé après (peut-être bien qu’il avait perdu connaissance à un moment donné, tout compte fait), et tout était reparti comme avant. La vie, et toutes ces conneries.
La douleur doit disparaitre à un moment donné, c’est comme ça pour tout. Cette fois-ci ne peut y échapper. En attendant, il tend le bras derrière lui, tâtant le sol (il ne sait pas trop à la recherche de quoi). Respire. Sa gorge est nouée, et il a bien l’impression qu’on lui écrase la poitrine – mais ça n’est qu’une impression, pas un fait. Du coin de l’œil, il voit des chaussures s’éloigner, emportant avec elles une épée rougie. Il est incapable de les insulter, et pourtant ce n’est pas l’envie qui lui manque. C’est la voix, c’est le souffle, c’est le calme. La douleur pulse dans toute sa poitrine, vers le reste de son corps. Ça brûle, merde, ça pique, ça lance. Il essaye de ne pas imaginer le sang. Respire. Ses poings se serrent, tout comme sa gorge. Il ramène sa main vers lui. Respire. Sa propre voix, dans sa tête, lui semble étrange. C’est qu’il ne peut guère imaginer quelqu’un d’autre que lui-même lui murmurer de respirer, le rassurer. Y’a que lui. Y’a toujours eu que lui et il a veillé à ce que ça reste ainsi. Tu vis pour toi, tu meurs pour toi. Et tu respires, bordel.
Il voudrait bien appeler au secours, maintenant qu’il y pense ; c’est ridicule, certes, mais de toute évidence il est incapable de lever la voix. Il est seul. Peut-être bien que son compatriote d’infortune est déjà mort, lui, ou au sol, dans le même état que lui. Peut-être bien qu’ils vont tous les deux mourir. Que les renforts débarquent, qu’est-ce qu’ils foutent encore, on peut jamais compter sur les autres ici ! Y’a bien des ennemis qui passent là, alors pourquoi pas des alliés ?! Quel camp de merde. Ça sert à quoi l’ambroisie et le nectar si on ne les utilise pas ?
Son corps cesse de trembler et de tressauter brutalement. Enfin, qu’il se dit, T’en as mis du temps connard. La sensation de paix est là. Sa main glisse de son torse vers le sol. Il se demande si les autres, ses frères et sœurs, vont bien, quoique s’en fiche un peu – ce n’est pas qu’il n’est pas proche d’eux, c’est qu’il est proche de pas grand-monde, sinon pas personne. Alors ses pensées partent vers sa mère – Va-t-elle bien ? Mellan est-il revenu ? Et les cadets, ils se portent bien aussi ? Il aurait peut-être du embarquer sa flasque d’alcool, parait que ça cautérise les plaies. Tu meurs, on lui souffle, il se souffle. C’est paisible. Non. Non, ça ne l’est pas. Y’a rien de paisible. Y’a rien de beau dans tout ça. Y’a rien de poétique. Le rouge, ça fait ressortir le bleu de tes yeux. Ferme ta gueule. Il se demande pourquoi tout le monde tourne toujours des conneries comme la mort en poésie. C’est quoi qui est bien dans la mort ? Ton corps il réagit plus à rien, tes pensées divaguent, dans trois secondes tu vas perdre connaissance et ne jamais te réveiller ? Ou alors, c’est le sang, son rouge ? Ou le fait que, généralement, les gens qui meurent, ils meurent en héros, pour la bonne cause, par sacrifice, ou de vieillesse. On lui a toujours dit qu’on revivait sa vie dans ces moments-là : il ne revit pas énormément de choses. Ses pensées ne parviennent pas à trouver de point d’ancrage, pas même une parole, pas même un visage. Il panique, il a l’impression de tomber dans un gouffre sans fond, mais de se raccrocher sans arrêt. Le noir, un flash, le noir, un flash, le noir. Le noir. Ronan insulte tous ces poètes qui ont transformé la mort en quelque chose de beau.

i’m not sure just how much more of this i can bear
try to talk to god but it seems even he doesn’t care
i’ve seen the new one he’s building, and my, how he’s made not one mistake
he told me, “son, i promise you this one will be so much better than the last one I made.”

8 août 2015 ; Edgewood, Atlanta, Géorgie (USA) - « Ta sœur m’a dit que tu étais rentré. » Assis sur le lit, Ronan se lève d’un bond quand sa mère apparait dans le pas de la porte. Il n’est même pas capable de forcer un sourire ; elle non plus d’ailleurs. Bien, ils ont l’air tout aussi perdus l’un que l’autre. Elle s’avance un peu. Perdus, et nerveux, il corrige. Ce n’est pas un sentiment qu’ils aiment. « Tu as grandi. » S’il la dépassait déjà largement il y a environ cinq ans, désormais, elle a l’air minuscule à côté de lui. « On te nourrit bien là-bas. » Son regard ne flanche pas. Elle est pleine de défi, comme elle l’est toujours, comme elle l’était il y a des années, comme elle l’est dans ses réponses aux SMS qu’il ose parfois envoyer, quand il a un peu trop bu – toujours quand il a un peu trop bu car sinon il en est strictement incapable. Il se demande encore pourquoi il est revenu à Atlanta, dans la maison familiale, qu’il a laissé derrière lui il y a des années. Mais elle a sûrement le droit d’être aussi amère. Contre la Colonie, contre lui, contre tout. Il est prêt à tout laisser passer, pour la peine, juste aujourd’hui, juste maintenant. Ronan, il est un peu fatigué là. De constamment se battre contre le monde, et contre lui-même aussi… Il reprendra la lutte demain, ou dans deux jours, ou dans deux mois, le temps de recommencer à vivre. Qu’est-ce qu’il est, sans ça ?
Il va s’appuyer contre son bureau, sa mère reste plantée au milieu de la pièce. Celle-ci n’a pas changé. Y’a juste les draps qui sont faits, les livres qu’il n’a jamais lu bien classés, les vêtements qui sont sûrement trop petits maintenant bien repliés. Les vieux posters sont toujours au mur. Il pense même apercevoir un de ses carnets de partitions dans un tiroir ouvert. Presque rien n’a bougé, même s’il sait bien que sa mère, éternelle curieuse, a sans doute fouillé la pièce de fond en comble. Elle, ou bien Owen, ou même les cadets. Il n’a pas la force de s’énerver à cette pensée – c’en est à se demander comment il est parvenu à quitter le camp grec et à se traîner juste ici – mais est assez intrigué ; Pourquoi sa chambre est-elle intacte même après cinq longues années ?
« Pourquoi es-tu rentré ? » Il ouvre la bouche, mais la referme. Ouais, pourquoi ? Il baisse la tête. Avant de la relever, de se forcer à plonger ses yeux bleus dans ceux de sa mère – parce qu’il n’est pas faible, ou parce qu’il veut s’en convaincre, et la convaincre elle aussi. « Je voulais vous voir… » Il voit le faible rictus qui s’autorise au coin des lèvres de sa mère. Elle ne le croit pas. Lui non plus ne se serait pas cru, faut dire. « T’as pas l’air bien. » Malade. Pas bien. Étrange. Différent. Pourquoi tu reviens ici, alors que t’es parti sur un coup de tête un soir de Noël, y’a presque cinq ans ? Pourquoi tu reviens, alors que t’as juste donné des nouvelles aux frères et sœurs que t’appréciais un minimum (sauf Owen) assez régulièrement, et juste une fois toutes les St Patrick à moi ? Pourquoi tu reviens, Ronan, pourquoi tu nous fais ça ? Pourquoi tu te fais ça ? Pourquoi tu me fais ça ? Il peut presque voir les pensées se transformer en paroles. Il les imagine. A-t-elle vraiment dit ça ? Il n’en est pas certain, alors se contente de la regarder. Inconsciemment, il se redresse un peu, cherche à se donner l’air confiant qu’il a perdu il y a de cela quelques semaines. Trois semaines.
Il a mal au cœur. C’est trop tôt, putain, beaucoup trop tôt. Il a envie de la prendre dans ses bras, ou plutôt qu’elle le prenne dans ses bras, qu’elle le serre, qu’elle lui dise que tout ira bien maintenant, qu’elle est là et qu’elle sera toujours là, comme une espèce d’ange gardien. Mais on ne marche pas comme ça chez les Byrne. Y’a pas d’ange gardien. Et d’aussi loin qu’il se souvienne, sa mère n’a jamais été du genre câlin et compagnie, à part pour Treasa, la petite dernière. « Passe-moi une clope. » qu’elle dit plutôt, s’asseyant sur son lit. Il se crispe mais obtempère, et retourne s’appuyer contre son bureau. « Depuis quand tu fumes ? », parvient-il à dire. « Depuis quand tu fumes ? », réplique-t-elle sans même réfléchir. Il hausse les épaules. C’est de bonne guerre. Ses doigts s’agitent nerveusement contre le meuble, alors il cherche à faire la conversation. « J’ai vu que vous aviez enlevé le piano… » C’est le premier et l’un des seuls changements qu’il a remarqué en venant. « On ne savait pas si tu reviendrais. Donc on l’a vendu. » « Oh. » Oh, mais qu’est-ce que c’est pour une réponse, ça ? Il a encore plus mal au cœur, c’est con. Y’a plus de piano ici. Ça ne devrait pas être grave. Un piano, ça se rachète. Il déglutit difficilement. Est-ce qu’il serait revenu ? Non
Le monde se met à tourner. Il s’agrippe discrètement au bureau et fixe un point au sol pour rétablir son équilibre. La fumée de cigarette de sa mère envahit la pièce. Heureusement que Mellan n’est pas là, il aurait pété les plombs - on ne fume pas dans cette maison ! (Et peut-être aussi parce qu’il était là…) Kiera lui avait dit que Mellan était parti le lendemain de son départ, que leur mère et lui avaient fait une assez grosse pause – plusieurs mois, peut-être même un an – avant qu’il ne revienne finalement vivre ici, et que la vie reprenne son cours plus ou moins normalement. Fort bien, la « rumeur » de la tromperie de Madame Byrne n’avait pas quitté le domicile familial.
« Sérieusement… » Elle s’est avancée. Elle s’est rapprochée. Ronan se tend à nouveau, se répétant toutefois que c’était sa mère, qu’elle ne fera rien et qu’il n’a pas à se raidir de la sorte. Elle n’a heureusement pas remarqué, il peut donc se concentrer à se calmer, ou à essayer de se calmer. « Qu’est-ce que tu fais, Ronan ? » Il met un temps. Il veut lui dire. Tout lui dire. Que c’est plus pareil maintenant. Qu’il est peut-être mort, enfin, non, qu’il y est presque passé, qu’il aurait clamsé y’a trois semaines qu’elle aurait rien su. Que, malgré tout, il est là, il s’est accroché à il ne sait pas quoi. Ah ! Il n’est pas mort, c’est sûr, parce qu’il ne serait pas revenu, non. Il veut lui confier qu’il ne sait pas trop ce qu’il fait, qu’il parait qu’il devrait rester un peu à la Colonie et se reposer, qu’ils ont vécu la guerre, qu’il étouffe constamment, que le seul réconfort est quand il dort mais que c’est difficile de s’endormir. Qu’il est là, mais d’autres pas – il s’en est toujours foutu des autres, mais là c’est… différent. Qu’il veut plus voir leurs gueules, à eux tous, qu’il veut s’enfuir, loin, sans savoir où trop aller. Qu’il est terrifié, putain, il est constamment terrifié. Que des fois, il est obligé de prendre cinq, dix, trente minutes ou plus pour retrouver sa respiration et desserrer l’étau qui lui encercle la poitrine. Que c’est pire qu’avant. Que ça n’a jamais été aussi pire. Et surtout lui dire qu’il veut vivre, vivre, vivre.
Lorsqu’il a enfin une réaction, c’est pour s’échapper. Il cogne légèrement l’épaule de sa mère en passant à côté d’elle plus vite qu’il ne l’aurait voulu. « J’sais pas. » Il quitte la pièce. Elle suit son mouvement, répète la question, lui demande ce qu’il fait, là, tout de suite, avec ses gestes trop brusques et trop mécaniques et ses yeux incapables de se poser sur quoi que ce soit. Il étouffe encore. Il traverse le palier, dévale les escaliers, attrape sa veste de cuir posée sur le divan. « Hey, Ronan ! » Elle lui attrape le poignet. Il se dégage, mais se retourne et s’arrête enfin. Sa respiration est saccadée ; il se force à la ralentir, en vain. Il prend le temps de regarder sa mère. Normalement, c’est à ce moment-là qu’elle aurait dû le prendre dans ses bras, putain, juste là. Mais elle est confuse. Elle ne sait pas. Elle ne sait rien. Et… s’il était venu ici plein de bons sentiments, son instinct lui souffle désormais de s’enfuir loin d’ici et de ne pas revenir. « J’vais rentrer. » Mettre fin au malaise lui sonne comme la meilleure solution. Il regarde sa mère une dernière fois, commence à se pencher pour lui dire au revoir, mais se recule finalement et quitte la maison.
Dehors, il sort une cigarette, l’allume, inspire, expire, encore, et encore, et encore. Il arpente assez vite les rues et les carrefours du quartier de son enfance. Trop tôt. Beaucoup trop tôt. Il va rentrer, maintenant. Mais rentrer où ? Il allume directement une seconde clope. Dans quelques heures, le soir tombera. Il est en Géorgie, mais il n’est pas chez lui. Quant à retourner à Montauk, sur Long Island, maintenant ? C’est à presque mille miles d’ici, donc pas faisable ce soir. Il est perdu dans ce putain d’état, parce qu’il a eu la putain d’idée de voir sa famille mortelle, qu’il a abandonnée lâchement dans le passé, et pour quoi ? Pour les voir ? Il n’y a vu que ses deux de ses cadets, et sa mère, et il s’est cassé. Et merde.
Il va se poser dans un parc, sur un banc. À regarder les gens. Un mec s’arrête pour lui demander s’il a du feu, il lui prête la flamme de son briquet le temps d’une clope. Le mec repart. Ronan reste là. Une cigarette pour oublier, pour calmer la crise. Ce n’est pas de l’alcool, mais ça suffit pour l’instant. C’est pire qu’avant. Tout. Lui. L’obscurité tombe. Il fait encore chaud. Il fait toujours chaud l’été, ici. Il se remet à marcher, par intermittence. Peut-être qu’il aurait dû dire à sa mère qu’il avait eu peur, qu’il a encore peur d’ailleurs. Que ça lui fout la haine. Qu’il n’est pas sûr s’il aurait préféré mourir ou non, trois semaines auparavant. Qu’il n’est pas certain de ce qu’il fait encore ici. Qu’il n’a sûrement jamais trop su ce qu’il fait ici, en toute vérité.

there’s a ghost in the mirror
i’m afraid more than ever

2 août 2016; Colonie des Sang-mêlé, Montauk, Long Island, New-York (USA) - Sa main trouve un marteau sur l’établi. C’est désert, enfin, il imagine (franchement il n’en a rien à carrer). Il prend l’outil, et se retrouve dehors aussi vite qu’il est arrivé. Il le ramènera après… ou pas. Peut-être. Il verra bien. Il s’imagine que les bricoleurs, les gamins d’Héphaïstos et quelques autres, ont autre chose à faire aujourd’hui, comme tout le monde. Tous les pensionnaires ne sont même pas encore revenus au camp ; certains n’y reviendront jamais. Parce qu’ils sont morts, ou simplement partis. Rien que cette pensée l’énerve. Tout l’énerve. Il est toujours énervé, toujours à cran. Bien que, là, il sait que ce n’est pas uniquement ça. Ces derniers mois, il a appris (plus ou moins) à reconnaître les signes, et à se connaître lui-même. L’anxiété. Le stress. La colère. La nervosité. La panique. Il ne s’est jamais autant informé sur le sujet, hey ! Mais se connaître n’a cependant jamais empêché les crises de surgir – celles qui lui font faire les cent pas en serrant son tee-shirt au milieu de la poitrine alors qu’il peine à garder son équilibre et sa respiration ou celles qui, au contraire, le paralysent, l’enserrent, le broient. Les deux sont les pires moments de sa vie dans tous les cas, et surviennent assez régulièrement. Trop régulièrement. Le tabac calme légèrement, l’alcool aussi, mais il se souvient très bien d’un moment de lucidité et d’une crise de panique alors qu’il n’était pas supposé être sobre. Ce n’est franchement pas un bon souvenir, que son propre corps le trahisse et lui enlève ses seuls refuges.
Son cœur bat la chamade. La nervosité court dans ses veines et agite son corps, guide chacun de ses mouvements relativement saccadés. Respire. Il se force à penser à des choses apaisantes (à peu près) et s’arrête même un instant pour prendre une bouffée de cigarette – clope dans une main, marteau dans l’autre – pour finalement continuer son bout de chemin jusqu’à son bungalow. C’est vide ici aussi. Tant mieux. Noah et Loki et les autres allaient l’ennuyer, Edelweiss allait trop parler, et Nevh… était parti y’a des mois. Calant sa clope entre ses lèvres, il attrape sa batte de baseball et la flanque sur un meuble. Nouvelle taffe. Il reprend le marteau, et c’est la hâte qui le guide. Il regarde les clous enfoncés dans le haut de l’arme sans les voir – il n’en voit que le rouge. Le rouge, le rouge, le rouge. Ça ramène tout un tas de souvenirs, alors il se dépêche. Le marteau s’attelle à retirer chaque clou, un par un.
T’es pas le seul. T’es pas le seul, qu’il se répète. Et c’est vrai. Il n’est pas seul. Ils ont tous fait ça. C’est limite normal. Ça ne devrait pas l’être, pourtant. De toute façon, ça ne le rassure même pas de penser qu’il n’est pas le seul dans le cas (loin de là), ça le fait même davantage perdre le contrôle. Oh, il s’y accroche, pourtant. Il respire assez bien pour ne pas avoir l’impression d’être constamment en manque d’air, et ses jointures sont blanches à force de tenir le marteau d’une main et la batte de l’autre. Mais ses lèvres tremblent, et ses yeux piquent. L’un des clous lui résiste, il a envie de balancer la batte à l’autre bout de la pièce, mais s’obstine à l’enlever. Une larme s’échappe. Il lâche tout, passe sa manche sur son œil et sa joue. Une larme, pas deux. Il a pas pleuré depuis qu’il est gamin, ce n’est pas pour que ça arrive maintenant, et sûrement pas en sachant qu’un demi-frère ou une demi-sœur pouvait débarquer à tout instant et le surprendre. Non. Inimaginable. Il se redresse un peu, souffle, et retourne à l’attaque des clous, en oubliant les larmes.
C’était un accident. Non, non, ça ne l’était pas. Il a pas arrêté de se refaire la scène dans la tête qu’il l’a probablement déjà déformée. Non, non, non. Pas un accident. Il ne sait pas ce qu’il a foutu, enfin, si, il le sait mais… Ses pensées recommencent à tourner en rond et en boucle. Il a merdé. Il a totalement merdé. Mais t’es pas le seul, bordel, et loin de là. Ça ne devrait pas être aussi dur à digérer. Accepte et avance. Pas tout de suite. Lorsqu’un second clou fait de la résistance, il est incapable de s’empêcher de revoir la scène une énième fois.
La guerre contre Gaïa a été bien plus courte que celle contre Cronos. Et le combat, les enjeux et les ennemis étaient tout à fait différents. Pas de partisans de Gaïa, pas de demi-dieux de son côté (forcément, vu qu’elle souhaitait détruire la planète, ç’aurait été un peu con pour un humain de se liguer contre son propre habitat). Juste des monstres. Que des monstres à réduire en poussière, dans, encore une fois, un combat final. Pas de partisan qui peut vous planter une épée dans le dos. Et puis ça dégénère. Y’a du sang autour d’un demi-dieu, ça paralyse Ronan. Un autre demi-dieu l’attrape par les épaules, avant de lui foutre un coup de poing (putain s’il n’avait pas fait ça…), et Ronan… Il ne sait pas ce qui s’est passé, ce qui s’est concrètement passé. Son second pouvoir ne s’est manifesté que rarement et, visiblement, il n’a aucun contrôle dessus. Le demi-dieu qui lui a foutu un coup de poing est devenu fou. La dernière fois qu’il a rendu une personne folle, elle s’est contentée de se recroqueviller sur elle-même en hurlant pendant qu’il s’éloignait doucement (J’ai rien fait maman, j’te jure…). Cette fois, le demi-dieu se jette sur lui avec rage. On n’a pas tous la même réponse combat-fuite. Sa réponse, à Ronan, est rapide. Il ne veut pas mourir une seconde fois (certes, il n’était pas vraiment mort la première fois non plus), il ne veut pas revivre ça. L’adrénaline n’a fait qu’un tour dans son sang. Il repousse le demi-dieu à une certaine distance et il frappe. Réflexe. Batte en main. Clous dans le crâne.
L’image lui donne la nausée. Il respire calmement pour faire passer cette sensation. Y’a encore quelques clous à enlever de la batte. Un accident. Ses mâchoires se contractent. Peut-être qu’une fois tous les clous enlevés, les images se dissiperont… Peut-être que s’il se frappe le plat de la main avec le marteau, ça aura le même effet ? Il en contemple en tout cas l’idée, sans la mettre à exécution. Il se promet de remettre le marteau où il l’a trouvé quand il en aura terminé. Il se promet d’aller faire un tour, en évitant soigneusement l’infirmerie où les blessés sont toujours en train d’être rapatriés. Il se promet de faire ses bagages, et de partir un jour d’ici. Il ne promet pas d’au revoir. Ce n’est pas son truc, les sentiments, et y’en a pas beaucoup pour cet endroit, maintenant qu’il y pense. Il s’est toujours senti indépendant, ou plutôt, sans maison, sans refuge. C’est comme s’il y avait toujours quelque chose qui manquait.

with the lights out it’s less dangerous
here we are now; entertain us
i feel stupid and contagious

janvier 2017 ; Maine (USA) - « Heyyy tu vas où ? » Il s’échappe. Littéralement - il repousse sa main, la repousse elle également, doucement (ou en tout cas aussi doucement que l’alcool dans son sang lui permet), et métaphoriquement - il ne peut pas rester ici (aucune raison pour, il sait juste qu’il ne peut pas rester, qu’il n’en a pas envie, qu’il ne la veut pas elle, qu’il n’a pas besoin d’elle). Elle en semble presque déçue, mais il se dit qu’elle trouvera bien un autre mec, plus enclin pour ce soir. Il se dit aussi que l’alcool (une pensée qui ne fait qu’effleurer rapidement son esprit), ça lui fait faire n’importe quoi. Ce soir n’est pas un soir où il lui faut la chaleur d’un corps pour oublier, comme ça a pu l’être bien d’autres fois. Ça fait des heures qu’il est ici, et l’effet de la foule, de la musique, de la danse, de tout, commence à retomber. Il se faufile entre les gens, se fraye un chemin jusqu’à la sortie. Là, il récupère rapidement son manteau et se retrouve enfin à l’extérieur, dans la fraîcheur de janvier. Il sait bien qu’il ne reviendra pas dans la discothèque, alors il se met à marcher.
Il aime bien marcher quand il a bu. La plupart du temps, il déambule un moment, avant de se poser sur un banc et de vider un paquet de clopes, en dessaoulant petit à petit. Il a déjà fait des rencontres comme ça. Généralement d’autres âmes errantes, ivres aussi ou terriblement sobres. Des clochards, des gens très matinaux qui viennent faire le jogging ou un peu de yoga quand y’a encore personne de réveillé (mais ceux-là ont tendance à le juger, il ne les aime pas vraiment, et quelle idée de faire du sport à cinq heures du matin sérieusement ?). Des groupes de jeunes. Des jeunes tous seuls. Une meuf, un mec. Un couple. Une vieille qui promène son chien parce que, apparemment, la vieillesse la tient éveillée la nuit. C’est con, qu’il lui avait répondu. Elle avait souri, Vous verrez, jeune homme, et avait continué sa balade. Ouais, il ne verra sûrement pas. Mais c’est majoritairement des paumés qui croisent sa route. T’aimes bien les étoiles ? Bah ouais. Moi aussi. Cool. J’connais des constellations, tu veux que je te montre ? Ouais, d’accord. Maintenant, il peut repérer quelques constellations importantes, dont celle du Sagittaire, parce qu’elle lui avait demandé son signe du zodiaque pour lui montrer. Complètement perchée, la meuf. Mignonne, mais perchée. Il se souvient de jeux de cartes improvisés avec un mec aussi saoul que lui. Maintenant qu’il y repense, c’était fort probable qu’ils n’avaient même pas de cartes. Hey, tu devrais écouter Of Monsters and Men, ils sont géniaux, et il a aujourd’hui de nouvelles chansons dans son téléphone. T’as un accent, c’est quoi ? Irlandais. T’es grand pour un irlandais. Bah ouais. Du coup t’aimes bien le vert ? Non. Moi non plus. Elle s’était lancée dans un long discours sur les Serpentards, une maison dans Harry Potter, qui était apparemment sa maison aussi (ce qu’il a encore du mal à comprendre, mais soit – comment pouvait-elle en être sûre, après tout ?), et il l’avait écoutée d’une oreille pendant deux bonnes heures. Parfois, ça tourne pas si bien, et ça se chasse mutuellement, comme des animaux, à sortir crocs et griffes. Alors Ronan il tire la gueule parce que c’était son banc, qu’il y était bien, et qu’il va risquer l’œil au beurre noir mais putain, ça faisait des heures qu’il était là quoi. Puis aussi, quoique assez rarement, le courant passe et il rentre avec la personne. Les gens sont différents lorsque la nuit tombe.
Il est bien seul ce soir, cette nuit, mais ça ne le dérange pas forcément. Toujours assis sur un banc. Il fait glacial, y’a de la neige, il a la tête rentrée dans le col de son manteau et il s’amuse à faire des cercles avec la fumée de sa cigarette et la buée due au froid ambiant. Y’a que la lumière jaune orangée d’un réverbère qui l’éclaire. C’est moins agressif que les flashs en boîte de nuit ; son esprit encore embué par l’alcool s’y adapte rapidement. Mieux, ça l’apaise un peu. C’est encore le pouvoir de la nuit, ça. Y’a tout qui semble beau, calme, comme dans un autre univers. S’il pouvait vivre la nuit et dormir le jour, il le ferait ; d’ailleurs, quand il décide d’aller se balader sans but, c’est rarement en pleine journée.
Il a eu toute une période comme ça, à passer ses journées à dormir, à ne se lever que pour le strict nécessaire (histoire de pas mourir, quand même). Puis on était venu le chercher dans son appartement miteux – c’était peut-être Nevh, ou peut-être pas – et même s’il avait déjà eu des échos, on lui avait parlé du troisième camp un peu plus en détails. Même avec ce nom pourri (sérieusement, « troisième camp » ? D’accord vous voulez être dans le même panier que la Colonie et le Camp Jupiter mais faites un effort quoi) (y’a pas un gamin d’Apollon qui veut trouver un nom poétique, non ?), il avait décidé de le rejoindre, d’élire domicile dans une des maisons. La colocation quasi forcée (quasi, parce qu’il savait à quoi s’attendre et l’avait quand même voulue), et le principe du camp l’avaient sorti de sa torpeur. Petit à petit, c’était devenu plus simple de sortir du lit le matin, de plus en plus tôt, de donner un peu de sa personne pour la bonne vie des pensionnaires. C’est sûr que le sommeil reste encore un refuge, et que c’est toujours un peu dur de vivre, mais c’est mieux. C’est un peu plus simple.
Il n’est pas à Sanford aujourd’hui, c’est vrai. Il s’est accordé un ou deux jours de vacances, disons, quoique pas si loin de là, juste dans une autre ville du Maine. Mais il y reviendra, parce que l’air de rien, le troisième camp est comme un nouveau souffle. Probablement qu’il s’est dit, en y débarquant, que ce serait un nouveau départ, ou une connerie de ce type. Y’a qu’une partie de lui qui croit aux nouveaux départs ; l’autre partie (bien plus importante) est calfeutrée dans l’idée qu’il tourne en rond depuis de longues années. Au moins, être chargé de ravitaillement pour le camp, construire ce dernier petit à petit, fonder une nouvelle petite communauté... c’est déjà ça de pris, comme on dit. C’est une motivation comme une autre, faute d’avoir trouvé mieux. En plus y’a Nevh, donc c’est cool. Ouais, le troisième camp est assez cool.
Ça lui rappelait parfois la Colonie. Il finit sa clope sur cette pensée, et l’écrase alors dans la neige. Il avait quitté le camp grec un ou deux mois après la fin de Gaïa. Il avait cru pouvoir y rester, et finalement n’avait pas su, alors il était parti. Il s’était installé dans un appart’ miteux, avait trouvé un job miteux et avait vécu sa vie miteuse là, et c’était tout - parce que c’était (fort heureusement) fini cette époque. Y’a un mois, il avait rejoint le troisième camp. Point.
Non. Y’a encore les souvenirs, des fois. Y’a encore la panique. Y’a encore la colère. C’est dans son sang, dans ses veines ; c’est juste là, en permanence. Il attend juste que ça passe, Ronan, ou il laisse aller.
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Ceren-Nevh Lynch
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MON BRO MON BRO MON BRO :string: :content: :nya: :leche: :cc: :bwa: :wa: :wa:

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t'as pas vu ? c'est imprimé partout, dans les journaux, sur les écrans, dans le regard des gens. c'est même écrit en grand sur les immeubles, la nuit, quand les gens biens comme toi sont endormis, c'est marqué en rouge: tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça, seul à poil face à ton reflet, avec ton dégoût de toi-même, ta culpabilité et ton désespoir comme seuls témoins.
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Oliver K. Özkan
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AAAAAAAH NOAH EST CONTENT!!!
IL NOUS FAUDRA UN LIEN !!
JE SUIS JOIE !!!
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(je vais lire maintenant)

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OMG JE SUIS TELLE MEEEENT HAAPPY

TE AMO BB RONAN
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Ceren-Nevh Lynch
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BRAVO
bienvenue, demi-dieu!

j'hyperventile devant ta fiche en fait. meuuuf, je suis sous le choc parce que tu vois, ce perso c'est mon plus gros coup de coeur de tes persos rien qu'à lire la fiche et j'suis sûre de moi.  :v:
ronan gère, évidemment (son cara, ses pouvoirs, bref : tout, mais je te l'ai déjà dit, rien de neuf là-dedans), mais ton écriture wow wow wow. j'étais à fond dans l'histoire, et perso, de mon avis, c'est la meilleure histoire que tu nous as sorti, je suis SOUS LE CHOC. et je suis amoureuse. j'suis content que tu sois mon bro, mais en même temps je regrette de pas pouvoir te pécho SACHE LE.  :wa: bravo pour le perso de fou que tu nous as pondu, je vais te harceler à vie. :faints:


En tout cas, bienvenue parmi nous dans le monde mythologique! On espère que tu te plairas ici, parce que tu peux plus nous quitter! Il y a quelques points importants que tu dois effectuer avant d'être membre à part entière :keur2: :

- tu peux commencer par venir te recenser par > là < histoire d'être bien dans les règles comme il faut. :radis:
- tu peux ensuite créer ta fiche de liens > par là <, parce qu'entre nous, c'est toujours mieux d'avoir des potes. Pour organiser tes rps, parler de ta vie dans un journal c'est > ici < que ça se passe.

Ensuite, pense à aller voir les animations ainsi que ce qu'il se passe du côté de ton groupe > ici < et > là < pour ne pas être à la ramasse! Pour finir sur une note un peu fofolle, on a aussi une catégorie de flood > ici < donc dès que t'as un peu de temps libre, n'hésite pas à passer nous faire coucou! :N:


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t'as pas vu ? c'est imprimé partout, dans les journaux, sur les écrans, dans le regard des gens. c'est même écrit en grand sur les immeubles, la nuit, quand les gens biens comme toi sont endormis, c'est marqué en rouge: tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça, seul à poil face à ton reflet, avec ton dégoût de toi-même, ta culpabilité et ton désespoir comme seuls témoins.
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Ronan Byrne
+ messages : 116
+ face and credits : brandon flynn (c) honeybadger.
JE SUIS TROP TOUCHÉ?????
trop d'amour ici.
jvm.

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Dans la nuit, j’ai la foule, les liquides bleus fluo qui me protègent de moi. Dans la nuit, j’ai les néons, les courants de chaleur qui me protègent de mes démons.
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Zadig P. Lyndon
+ messages : 186
+ face and credits : Mariano Di Vaio + Bazzart (.nephilim)
(Re)Bienvenue **
Pas eu le temps de lire la fiche, mais déjà que j'en avais envie en voyant que c'était un enfant de Dionysos :bave:, mais en voyant les compliments du dessus, je suis tout simplement en mode *shit faut que j'aille dormir!*
En tout cas sache que je viendrai te demander un lien :N:

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It's gonna be alright...
Nothing is softer or more flexible than water, yet nothing can resist it. - Lao Tzu. ~ byendlesslove.
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Charlie J. Keystone
+ messages : 363
+ face and credits : Ira Chernova - Psychotic Kid
Hey mais on peut encore écrire ! :nya:

Rebienvenue Pitchoune What a Face j'vais lire l'histoire (j'ai gardé l'onglet ouvert :zad: ) mais tu sais déjà que j'ai aimé la première partie. Bon en même temps, j'avais kiffé le caractère dès que tu l'as fait et les anecdotes n'ont fait qu'ajouter un peu plus d'intérêt :zad: (#teamanecdotes).

Donc éclate toi avec ce ptit bijou What a Face et on met nos liens en appli le plus vite possible ! :N:

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The giants of the world crashing down. The end is near I hear the trumpets sound
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